Une fois la linogravure de base maîtrisée (dessin, transfert, gravure, encrage, tirage), un nouveau monde s’ouvre : les hachures pour les dégradés, les gravures en plusieurs couleurs, la technique de réduction, les tirages sur textile. Ces techniques transforment une estampe simple en une œuvre graphique complète — et elles partagent beaucoup de principes avec le gel printing, où la superposition des couches est la clé de la richesse visuelle.
Ce guide couvre les techniques les plus utiles, de la plus simple à la plus ambitieuse, avec les gestes précis et les pièges à éviter. Le point commun de toutes ces techniques : la patience et la régularité valent mieux que la virtuosité. Une gravure soignée au motif simple dépasse toujours un motif ambitieux mal gravé.
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Les hachures et les tirages en couleurs transforment une estampe simple en œuvre graphique.
Les hachures : créer des dégradés sans gris
La linogravure est un art du contraste pur : noir ou blanc, rien entre les deux. Pour créer des zones intermédiaires, on utilise les hachures : des lignes parallèles ou croisées, plus ou moins serrées, qui donnent l’illusion d’un dégradé.
- Les hachures parallèles : des lignes régulières gravées à la V fine. Plus les lignes sont serrées, plus la zone paraît sombre. La régularité de l’espacement est plus importante que la précision de chaque ligne.
- Les hachures croisées : deux séries de lignes perpendiculaires. En croisant, on obtient des tons plus denses sans creuser davantage. C’est la technique classique des graveurs pour les ombres.
- Le pointillé : une série de petits points gravés à la pointe fine. Plus lent à réaliser, mais un rendu très doux et lumineux, parfait pour les ciels et les fondus.
Le secret des hachures réussies : graver dans un seul sens, en tournant la plaque (pas le poignet), et ne pas hésiter à refaire une zone ratée en repassant la gouge.
La gravure en couleurs : plusieurs plaques, un repérage
La manière la plus simple d’imprimer en couleurs est la technique de la plaque multiple : une plaque par couleur. On grave le motif complet en séparant les zones par couleur (comme une sérigraphie), on encre chaque plaque d’une couleur, et on imprime successivement sur le même papier avec un repérage précis.
Le repérage est le point critique : chaque passage doit se superposer exactement aux précédents. Deux méthodes simples :
- Le repérage par coins : collez un gabarit (deux équerres en carton) sur votre table. Chaque plaque, encrée et posée dans le gabarit, sera au même endroit. Le papier est positionné contre les équerres — vous pouvez tirer les couleurs l’une après l’autre.
- Le repérage par trous : percez deux trous de repérage dans chaque plaque, et des piquets correspondants dans votre plan de travail. C’est la méthode des imprimeurs professionnels.
Commencez par un bicolore (deux plaques, deux couleurs) : le résultat est spectaculaire pour un effort modéré, et le repérage de deux couleurs est déjà un vrai apprentissage.
La technique de réduction : une plaque, plusieurs couleurs
La méthode de réduction est la plus économique en matériel : une seule plaque, imprimée en plusieurs couleurs successives. Le principe : on grave la première couleur, on imprime TOUS les tirages de cette couleur, puis on regrave la plaque pour la couleur suivante, on ré-imprime par-dessus, et ainsi de suite.
Les avantages : un repérage parfait (la plaque ne bouge pas) et un coût minimal. L’inconvénient majeur : la plaque se détruit à chaque étape — si vous ratez un tirage de la première couleur, vous ne pouvez pas recommencer. Il faut donc imprimer plus de tirages que nécessaire à chaque étape, et accepter que les tirages diffèrent légèrement (c’est aussi le charme de la méthode).
La réduction est la technique de prédilection des graveurs pour les estampes en 3 à 5 couleurs. Commencez par un bicolore ou un tricolore, avec des couleurs qui se mélangent bien (jaune, puis rouge, puis bleu).
Imprimer sur textile
La linogravure s’imprime très bien sur du tissu : coton, lin, toile de coton. Les étapes sont les mêmes, avec trois adaptations :
- L’encre : utilisez une encre textile ou une encre sérigraphie à base d’eau adaptée. Les encres d’impression classiques ne résistent pas au lavage.
- Le tissu : lavez et repassez le tissu avant d’imprimer (retirer l’encollage). Tendez-le sur une surface plane pendant le tirage.
- Le fixage : après séchage, fixez l’encre au fer à repasser (selon les instructions de l’encre) pour qu’elle résiste au lavage.
Les tote bags, torchons et t-shirts imprimés en linogravure font des cadeaux très appréciés — et une plaque gravée sert pour des dizaines d’impressions textiles.
Combiner linogravure et gel printing en couleurs
Les deux techniques se complètent magnifiquement pour les tirages en couleur :
- Le fond gel printing + l’estampe linogravure : imprimez un fond coloré et texturé au gel printing (dégradés, réserves), laissez sécher, puis imprimez votre motif linogravure par-dessus. Le repérage est facile (le fond n’a pas besoin d’être précis) et le contraste fond riche + motif net est superbe.
- La plaque de gel comme plan de travail : utilisez votre plaque de gel comme surface de mélange pour les encres de linogravure — vous récupérez les résidus d’encre en tirages fantômes.
Les techniques de superposition du gel printing s’appliquent directement : consultez les techniques avancées de gel printing pour les dégradés et les motifs complexes.
Erreurs courantes en techniques avancées
- Se lancer dans la réduction trop tôt : la réduction ne pardonne pas. Maîtrisez d’abord le tirage en une couleur et le repérage à deux plaques.
- Hachures irrégulières : l’œil repère immédiatement un espacement inégal. Utilisez un guide léger au crayon avant de graver.
- Oublier le sens des couleurs : les couleurs foncées se superposent aux claires. Imprimez toujours du plus clair au plus foncé.
- Négliger le séchage entre les couches : une encre pas sèche se mélange et bave. Laissez sécher 24 h entre les couleurs (ou utilisez une encre à séchage rapide).
Choisir ses couleurs : les bases qui fonctionnent
En gravure en couleurs, le choix des teintes compte autant que la technique :
- Le contraste valeur : deux couleurs de même luminosité se fondent. Pour un bicolore réussi, choisissez une couleur claire et une foncée (jaune + violet, orange + bleu).
- Les couleurs qui se mélangent : si deux couleurs se superposent sur le papier, elles créent une troisième teinte. Jaune + bleu = vert, rouge + bleu = violet. Pensez à ces mélanges quand vous composez vos plaques.
- La couleur du papier : le papier n’est pas neutre. Un papier ivoire réchauffe les encres, un papier blanc les éclaircit. Testez toujours sur une chute avant le tirage final.
Le conseil des graveurs : limitez-vous à 2 ou 3 couleurs bien choisies plutôt que d’empiler les teintes. La lisibilité du motif est toujours plus importante que la richesse chromatique.
Le tirage d’artiste : numéroter et signer
Les graveurs suivent une tradition qui ajoute de la valeur à leurs tirages : la numérotation et la signature.
- La numérotation : chaque tirage est numéroté au crayon, en bas à gauche, sous la forme « 3/25 » (troisième tirage sur une édition de vingt-cinq). Le nombre total de tirages est décidé à l’avance — c’est ce qui rend l’édition limitée.
- La signature : l’artiste signe au crayon en bas à droite. Un tirage signé et numéroté est une œuvre ; un tirage anonyme n’est qu’une impression.
- Les épreuves d’artiste (EA) : quelques tirages hors commerce, marqués « EA », restent à l’artiste. Ils précèdent l’édition numérotée.
Cette pratique transforme une activité de loisir en pratique d’artiste — et c’est aussi un excellent moyen de créer des cadeaux personnalisés et des objets à offrir.

Les couleurs se superposent comme les couches du gel printing.
FAQ — Techniques avancées de linogravure
Faut-il une presse pour la gravure en couleurs ?
Non. Le repérage par gabarit et le tirage au baren fonctionnent très bien à la main. La presse facilite les grands tirages mais n’est pas indispensable.
Combien de couleurs puis-je imprimer en réduction ?
En pratique, 3 à 5 couleurs. Au-delà, la plaque devient trop fragile et le risque d’erreur augmente fortement.
Quelle encre pour imprimer sur tissu ?
Une encre textile ou sérigraphie à base d’eau, fixée au fer après séchage. Les encres d’impression classiques ne résistent pas au lavage.
Le gel printing peut-il remplacer la linogravure pour les couleurs ?
Pour les fonds et les textures, oui. Pour les motifs précis et répétables, la linogravure reste imbattable. Les deux techniques se complètent plus qu’elles ne se remplacent.
Pour aller plus loin
Ces techniques demandent de la pratique : commencez par le tuto linogravure débutant si ce n’est pas déjà fait, et complétez avec le guide du matériel pour choisir le bon équipement. Et n’oubliez pas que le cyanotype ouvre une autre porte créative complémentaire.





